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Il était une fois des visons...

Dans les années 1930, le commerce de la fourure était prospère.

Noël Caritey marchand de vins à Faucogney, eut l'idée d'élever des animaux dont la fourrure se commercialisait bien.

Pour créer son élevageil acheta la ferme de Château-Grenouille et tenta cette expérience avec divers types d'animaux : le ragondin, l'agneau pour l'astrakan et le vison.

Il fut aidé dans cette aventure par Pierre Renaudin, René Petitjeazn et surtout Lucie et Henri Grosjean pendant 17 ans (de 1935 à 1952)

Il s'est avéré bien vite que seul l'élevage du vison était viable.

Cette visonnière prit rapidement de l'importance, on y comptait jusqu'à 800 animaux dont 120 femelles et 40 males pour la reproduction. L'accouplement se faisait en mars et la mise bas en mai après environ 60 jours de gestation. Chaque femelle donnait en moyenne deux petits.

Les visons étaient logés dans des cages surélevées d'environ 1m X 0,60m avec un petit carré de plancher qui permettait au vison de dormir. Les animaux destinés à l'abattage n'avaient pas d'abri afin que leur fourrire se développe à l'approchede l'hiver. Seules les femelles reproductrices avaient une sorte de niche pour y élever leurs petits jusqu'au sevrage.

Le vison étant un animal carnivore, il fallait le nourrir avec de la viande essentiellement. Chaque jour Lucie et Henri préparaient la pâtée, avec environ 80 kg de viande, des os, des céréales (avoine, germe de blé et surtout du soja). La viande étaient hachée, les os broyés, le tout malaxé sur place. Les visons n'avaient qu'un repas par jour.

Le stockage et le transport de la viande étaient très délicats à cette époque, Noël Caritey n'avait qu'une chambre froide à Faucogney d'où unstockage difficile à Château-Grenouille. Il arrivait que lors du transport de la viande même réfrigérée, celle-ci soir avariée en été.

La route d'accès n'était pas goudronnée depuis la Rochotte. En hiver il n'y avait pas de problème de froid mais d'accessibilité. Il arrivait que Lucie et Henri descenent en luge à la Rochotte afin de récupérer la viande des visons pour quelques jours.

L'abattage des visons se faisait généralement en décembre car c'était à cette période que la fourrure était la plus épaise et la plus belle.

A Château-Grenouille 500 à 600 visons étaient dépouillés en l'espace d'une semaine. Cette opération demandait énormément de soins. Tout d'abord il fallait capturer l'animal. POur ce faire on utilisait une sorte de souricière, ensuite le vison était introduit dans un sac de jute, c'est à ce moment qu'il fallait le maîtriser d'une main et l'assomer de l'autre. En aucun cas il ne fallait souiller la peau par des saignements.

Le dépouillage demandait beaucoup d'habilité et de précision. La peau ne devait pas avoir la moindre coupure et devait comporter les griffes et la tête dépouillée.

Pour ces opérations Noël Caritey et Henri se faisait aider par Paul Lalloz d'Effreney, Emile Vançon des Monts du Tronc, Charles Grosjean, père d'Henri et Joseph Courroye de Faucogney.

Les peaux étaient ensuite tendues et retournées sur des planchettes. Il fallait racler l'excès de graisse et les laisser sécher. Celles-ci étaient séchées dans les greniers de Noël Caritey à Faucogney. Mais les peaux ne subissant aucun traitement, il y avait de nombreuses pertes par pourrissement.

Henri précise : " Noël aurait dû aller au canada pour apprendre à traiter les peaux, et il ajoute : l'abattage, le dépouillage et la préparation des peaux demandaient beaucoup de courage vu l'odeur infecte de la graisse de vison".

Pour "donner du coeur au ventre" des hommes, Lucie préparait du vin chaud. De cette façon les journées se terminaient dans la bonne humeur.

Aux beaux jours, le dimanche, des visiteurs venaient regarder ces petites bêtes peu connues. Château-Grenouille se transformait alors un peu en guingette, certains se promenaient en barque sur l'étang, d'autres dégustaient les cases croûtes préparés par Lucie, le tout arrosé du vin de Noël Caritey.

Au début des années 1950, le commerce de la fourrure n'était plus au beau fixe, la qualité de la peau n'étant pas celle exigée par les clients faute de traitement adéquat, il y eut mévente. De plus un jour les visons furent intoxiqués par de la viande avariée et seules quelques dizaines survécurent. Tout ceci entraîna le déclin rapide de l'élevage.

Lucie et Henri quittèrent Château-Grenouille en 1954 et la fille de Noël poursuivit l'élevage jusqu'en 1956.
Aujourd'hui on ne voit plus trace de cette époque, seules quelques cages pourrissent dans les sapins qui ont pris leur place. On peut voir le panneau "Chateau-Grenouille" qui était autrefois sur la façade de la maison sur le chalet de l'étang.

Article rédigé par Jean Claude Dirand, publié dans "les échos d'Amont et Effreney" Bulletin communal N°8 Janvier 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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